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  • 5.3.6-ÉVOLUTION FUTURE DU MARCHÉ DU COTON BIOLOGIQUE

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  • Évolution future du marché du coton biologique

    Chapitre 5 - Segments du marché -Coton biologique :un débouché commercial

     
     

    Pour se faire une meilleure idée des perspectives d’avenir du marché international des produits en coton, il convient d’adopter une approche holistique de l’ensemble de la chaîne de valeur de la fibre au vêtement. Le présent chapitre traite des avantages et des inconvénients de l’expansion de la production de coton biologique à chaque stade de la chaîne, ainsi que des points forts, points faibles, débouchés et menaces pour ce secteur.

    Arguments en faveur d’une expansion de la production de coton biologique

    Production 

    • Il existe une demande pour le coton biologique. La production et les échanges commerciaux ont augmenté de 70% par an en moyenne entre 2001 et 2006, et ils ont plus que doublé chaque année depuis 2004.
    • Le coton est une culture de rotation importante pour de nombreux agriculteurs en agriculture biologique à travers le monde. Sa culture va se développer avec la croissance du marché des produits biologiques.
    • Les coûts de production plus élevés du coton biologique peuvent être limités lorsque de multiples cultures bio sont produites, les frais généraux pouvant être répartis entre différentes cultures.
    • Du coton bio peut aussi être produit dans les systèmes dans lesquels le coton est la principale ou la seule culture de rapport. Ici, les prix du marché, l’accès à l’information et l’efficacité dans la production sont des paramètres importants pour l’agriculteur devant prendre la décision de se convertir ou non au bio.
    • Les infrastructures de formation et de vulgarisation pour le coton biologique se développent. Les systèmes de lutte intégrée contre les parasites et de gestion intégrée des cultures sont, à cet égard, riches d’enseignement.
    • L’amélioration de l’accès aux technologies de l’information facilite l’échange d’expériences, de compétences et d’idées sur les méthodes de culture biologique, ainsi que sur la commercialisation des produits biologiques.


    Transformation 

    • De nombreuses filatures et usines textiles à travers le monde sont associées à la transformation du coton biologique, ce qui facilite les économies d’échelle.
    • Mélanger une petite quantité de coton biologique lors de la filature est un moyen efficace d’accroître la demande de la fibre à moindre coût.
    • Les infrastructures de tricot de coton biologique sont bien installées, plus que pour le tissage, du fait des quantités minimum inférieures exigées par série de production. Lorsqu’ils se lancent dans le coton bio, les marques et les détaillants commencent généralement par produire et vendre des articles en tricot.

    Vente de détail 

    • Le concept de “coton biologique” accroche bien auprès des marques et des détaillants de l’industrie de la mode et s’inscrit pleinement dans leurs politiques de responsabilité sociale des entreprises.
    • L’implication récente de grandes marques et de grands détaillants permet une augmentation exponentielle du nombre de points de vente, et donc d’offrir les articles en coton bio aux clients dans les points de vente de textiles et de vêtements habituels. Les articles en coton bio sont de plus en plus disponibles sur les circuits de vente conventionnels tels les magasins de mode, les grands magasins, et les supermarchés.
    • La consommation de coton bio par de grandes marques et de grands détaillants de la mode suscite énormément l’attention du reste de l’industrie du textile, des créateurs et des médias, ce qui renforce plus encore l’intérêt des consommateurs pour les textiles et les vêtements en coton biologique, ainsi que leur propension à les acheter.

    Infrastructures 

    • La demande de produits biologiques est aujourd’hui significative sur les principaux marchés de consommation (États-Unis, UE, Japon), même là où la part de marché reste modeste.
    • Les marques et détaillants de textiles et de vêtements sont de plus en plus sensibles à la nécessité d’adopter des politiques de responsabilité sociale des entreprises et réagissent en conséquence.
    • La filière du coton biologique consiste en un réseau de marques et de détaillants et desONG internationales d’environnement et de développement, ces dernières bénéficiant souvent du soutien financier de fonds publics.
    • Organic Exchange offre une plateforme active et productive d’échange entre entreprises associées au coton biologique.
    • La communication aux consommateurs au sujet de la consommation de coton bio par les marques et les détaillants est organisée par les marques et les détaillants eux-mêmes.
    • Le coton issu du commerce biologique offre aux petits exploitants, y compris aux producteurs de coton biologique, une occasion unique d’accroître leur visibilité, leur revenu et de se développer.


    Arguments contre l’expansion de la production de coton biologique

    Production
     

    • La demande de fibre de coton biologique est aujourd’hui supérieure à l’offre. L’offre augmente moins vite que la demande.
    • La moitié environ du coton biologique mondial est produite dans le cadre de deux projets uniquement – l’un en Turquie, l’autre en Italie. Le marché est donc fragile.
    • Il y a quelques années, lorsque le marché du coton bio était considérablement inférieur à celui d’autres cultures biologiques, il était facile d’élargir la production. Le coton pouvait alors être ajouté assez facilement en assolement. C’est moins le cas aujourd’hui.
    • L’agriculture biologique représente des défis techniques : garantir des rendements et des revenus adéquats. La conversion au bio prend du temps, exige un savoir et des compétences.
    • Pendant la phase de conversion à l’agriculture biologique, les agriculteurs ne bénéficient généralement pas d’un surprix pour leur production en cours de conversion. Les producteurs en phase de conversion à l’agriculture biologique sont confrontés à d’importants risques financiers.
    • La conversion au bio sera plus facile dans certaines régions de production que dans d’autres – au plan technique, organisationnel et socio-économique. Les décisions prises pour la promotion et le développement de la promotion mondiale du coton biologique devraient en tenir compte.
    • La conversion à l’agriculture biologique est souvent plus difficile et plus coûteuse dans les régions dans lesquelles l’agriculture conventionnelle est très dépendante d’intrants de synthèse, la chute du rendement du bio étant généralement plus marquée.
    • L’importance croissante du coton génétiquement modifié à travers le monde signifie un coût supplémentaire direct pour la production du coton biologique, étant donné que les champs doivent être séparés pour éviter la contamination.
    • Les techniques de gestion des cultures biologiques conjuguent plusieurs méthodes, dont bon nombre ne sont pas comprises par les scientifiques et les agriculteurs. Des recherches devront urgemment être menées pour comprendre, appuyer et renforcer le secteur du coton biologique.
    • Les surprix payés au titre de la production du coton issu du commerce équitable font qu’il est plus difficile de motiver les agriculteurs conventionnels à passer au bio. Ils sont davantage attirés par le prix plus élevé obtenus par les produits issus du commerce équitable, le surprix obtenu par les produits biologiques étant inférieur.


    Transformation 

    • La fibre, le fil, les tissus et les vêtements de coton biologique ne peuvent être distingués de leurs homologues conventionnels, pas même bien souvent du coton génétiquement modifié, si ce n’est sur la base de la documentation sur les lots et volumes de production.
    • Les coûts supplémentaires du mélange d’un faible pourcentage de coton biologique n’ont à ce jour pas été compensés par les marques et les détaillants par des surprix. La participation des filatures leur a plus ou moins été imposée par les marques et les détaillants.
    • Les articles en coton biologique tissé ne sont pas encore très courants sur le marché. Les quantités minima exigées pour le tissage sont beaucoup plus grandes que pour le tricot, ce qui accroît le risque financier.

     

    • La filature est une opération à forte intensité de capital et exige des quantités minima de fibre élevées. Les organisations de petits producteurs n’ont généralement aucune influence sur la transformation de leur fibre de coton, ce qui les empêche d’avoir davantage d’influence sur la chaîne des textiles de coton et d’y être plus présents.
    • Les questions d’ordre social liées à la transformation (filature, tissage/tricotage, teinture, mercerisage, confection) ne sont actuellement pas prises en considération dans les règles et règlements biologiques.

    Vente de détail 

    • La demande de coton biologique est actuellement supérieure à l’offre.
    • Les grandes marques et les grands détaillants sont davantage motivés par les considérations de responsabilité sociale des entreprises que par la demande des consommateurs.
    • Nombre de marques et de détaillants n’affichent pas leur engagement en faveur du coton biologique car la qualité du produit n’est qu’un facteur qui influence les décisions d’achat des consommateurs.
    • Les agents de vente des marques et des détaillants ignorent souvent l’existence même d’articles en coton bio disponibles à la vente, et ce que signifie et implique le coton biologique. Ils ne peuvent donc pas les vendre.
    • Le prix des articles 100% coton biologique devraient être proches de ceux du coton conventionnel afin d’accroître les volumes demandés.


    Infrastructures
     

    • La cotonculture n’est pas correctement couverte par la réglementation sur l’agriculture biologique sur les principaux marchés de consommation (Europe, États-Unis, Japon).
    • Aucune réglementation ne garantit que les articles en coton biologique vendus aux consommateurs contiennent réellement de la fibre de coton bio, à l’exception de plusieurs programmes privés qui ne sont pas encore largement reconnus sur le marché.
    • Le secteur du coton biologique n’est pas encore bien reconnu par la communauté internationale du coton en dépit de l’engagement croissant de grandes marques et de grands détaillants.
    • La demande de coton biologique étant supérieure à l’offre, les prix vont vraisemblablement augmenter. Cet écart de prix accru entre le coton biologique et le coton conventionnel signifie des bénéfices potentiels plus grands et donc davantage de risques de triche.
    • Le deuxième plus gros intervenant sur le marché (Nike) affirme s’être engagé en faveur de la certification par tierce partie, mais une partie seulement de la chaîne d’approvisionnement est visée (jusqu’à la filature). Il n’y a pas de certification par tierce partie aux autres étapes duprocessus de transformation.
    • Aucun dispositif ne permet d’étayer les allégations des marques et des détaillants quant à la quantité de fibre de coton biologique qu’ils utilisent.
    • Les normes Organic Exchange sur le mélange des fibres et la certification qui s’y rapporte font office de système de suivi et de localisation pour les entreprises qui les adoptent. Aucun acteur ne peut s’assurer que les données fournies sont conformes à la réalité.
    • Le concept de “coton biologique”, tel que le conçoit le grand public, repose dans une grande mesure sur les informations relatives aux systèmes de production du coton (considérations sanitaires, environnementales, socioéconomiques) qui ne représentent qu’une toute petite partie de la production de coton biologique. La situation de l’Afrique est souvent mise en avant dans les médias.
    • Il n’est pas encore prouvé que la production de coton biologique en tant que telle soit une alternative économiquement viable pour les agriculteurs de nombreuses régions du monde.
    • Si le public soutient le développement du marché du coton biologique, c’est généralement parce qu’il se soucie des petits agriculteurs des pays pauvres (en Afrique, par exemple). Ce soutien pourrait cependant fort bien déboucher sur la promotion de la production des pays à revenu intermédiaire (tels la Turquie) ou des gros producteurs (Australie, États-Unis).

    Débouchés

    Production
     

    • Les régions dans lesquelles le coton est la principale, voire la seule, culture vivrière, il existe un potentiel pour la production de coton biologique, pour autant que les prix du marché, l’accès à l’information et l’efficacité de la production soient garantis.
    • Les projets portant sur le coton biologique dans les pays du Sud peuvent être axés sur le commerce équitable pour percevoir un prix plus élevé pour une partir ou l’essentiel de leurs produits.
    • Les producteurs de coton issu du commerce équitable ont davantage de chances de passer au bio issu du commerce équitable que les producteurs conventionnels car ils sont plus en contact avec les marchés de consommation. Le coton issu du commerce équitable élimine le recours aux produits chimiques les plus toxiques et les plus dangereux pour la production.
    • Les agriculteurs produisent du coton graine, pas de la fibre de coton. Étant donné que la demande va rester supérieure à l’offre dans les années à venir, les prix de la fibre de coton biologique risquent d’augmenter. Ceci créera des débouchés pour les producteurs et leurs organisations et leur permettra d’exiger des prix plus élevés pour leur coton graine.
    • Les marques et les détaillants ne cessent de renforcer et d’affiner leurs politiques en matière de responsabilité sociale des entreprises. Les probabilités augmentent qu’ils ne se limitent plus à l’avenir aux questions telles l’énergie, les performances environnementales et les conditions de travail pour se préoccuper aussi du sort des producteurs dans les pays d’Afrique pauvres en ressources.


    Transformation
     

    • La demande de coton biologique continuera d’augmenter à l’avenir, ce qui nécessitera davantage de filatures et d’usines textiles, et élargira la gamme de produits intermédiaires et finaux offerts à l’industrie et aux consommateurs.
    • La demande étant supérieure à l’offre, il est probable que les prix du coton biologique augmentent. Les transformateurs auront ainsi la possibilité de relever le prix du fil, des tissus et des vêtements de coton biologique et de les amener à des niveaux supérieurs aux coûts de production supplémentaires du coton bio.
    • Les marques et les détaillants qui utilisent du coton biologique seront vraisemblablement parmi les premiers à se féliciter de l’élaboration de normes convenues à l’échelle internationale pour la transformation des textiles bio et à les mettre en oeuvre35. La transformation des textiles biologiques est, logiquement, l’étape suivante à laquelle de la valeur peut être ajoutée à la fibre bio.

    Vente au détail 

    • Les consommateurs finaux devraient selon toute vraisemblance accorder à l’avenir une importance encore plus grande à la santé et au bien-être, au bénéfice de l’agriculture et du commerce des produits biologiques.
    • Les écarts de prix entre les articles et coton bio et en coton conventionnel risquent d’augmenter avec l’amélioration de l’efficacité dans la transformation (volumes plus importants produits, etc.) et la plus grande offre de produits.Les articles en coton bio pourraient évoluer sur le marché, ne plus être considérés comme des articles de luxe mais plutôt comme des articles courants.
    • L’information des consommateurs sur le caractère biologique des articles en coton bio (par le biais d’étiquettes à l’intérieur ou à l’extérieur des articles, de brochures ou de publicités, par exemple) n’en est qu’à ses balbutiements. De nouvelles stratégies et de nouveaux outils pourraient être élaborées par les marques et les détaillants pour mettre à profit leur engagement en faveur du coton biologique, améliorer leur image et leur profil auprès des consommateurs.
    • L’intérêt croissant pour la responsabilité sociale des entreprises tout au long de la chaîne de production des textiles de coton pourrait déboucher sur la création d’un système mondial d’étiquetage des textiles à l’intérieur des vêtements qui rappelle l’histoire du produit.
    • La valeur de la fibre de coton contenue dans les textiles et les vêtements ne représente qu’une petite partie de leur valeur de détail. L’industrie des textiles et des vêtements a donc la possibilité de relever le prix à la production de la fibre utilisée.

    Infrastructures 

    • Il est peu probable que les marques et les détaillants très en vue prennent le risque de prétendre utiliser du coton biologique si ce n’est pas le cas, sans documentation adéquate, sans contrôle et sans certification.
    • Les marques et détaillants très en vue vont demander de plus en plus d’informations à leurs fournisseurs sur les conditions de production et de transformation des textiles de coton.
    • La documentation sur les aspects sociaux et environnementaux de la production et de la transformation du coton pourrait bien devenir la norme pour la chaîne de production du coton et des textiles.
    • La demande étant supérieure à l’offre, les marques et les détaillants pourraient s’associer de plus en plus au renforcement des programmes de conversion au coton biologique dans les pays producteurs afin de s’assurer un accès à l’offre de coton bio.

    Menaces

    Production
     

    • La demande de fibre de coton bio est fonction de la fiabilité des allégations relatives à son origine et sa production “biologiques”. Pour l’heure, la transparence de la chaîne d’approvisionnement se limite à des informations qualitatives (qui travaille avec qui).
    • Le secteur du coton biologique ne semble pas être en mesure de répondre à l’actuel engouement pour la fibre, le fil et les tissus de coton biologique, et il ne devrait pas pouvoir le faire dans un avenir proche. Si la demande ne peut être satisfaite, l’image de la branche en pâtira et nombre de nouveaux venus risquent de se lasser et préférer utiliser d’autres cotons durables.
    • Le coton biologique ne sera pas pour les marques et les détaillants le seul moyen d’améliorer leur responsabilité sociale. L’intérêt suscité par d’autres approches telles “Better Cotton”, “coton d’origine” (des États-Unis, du Pérou, d’Afrique, ou d’ailleurs), le coton IPM ou ICM, devrait croître durant les années à venir.

    Transformation 

    • Il n’existe aucun mécanisme clair qui permette de lier les filatures et les usines textiles aux réseaux volontaires tels Organic Exchange, ou aux organismes de certification tiers, et de s’assurer ainsi en interne de la véracité des allégations faites quant à l’utilisation du coton bio.
    • Une fois que le coton biologique sera devenu une marchandise courante utilisée aussi par des marques et des détaillants de moindre renom, les risques de triche du côté des filateurs et des usines textiles risquent d’augmenter. Les marques et détaillants de moindre renom seront confronté à un risque de fraude accru de la part des fournisseurs.

    Vente au détail 

    • Pour certaines marques actuellement sur le marché, la vente d’article en coton biologique pourrait n’être qu’un effet de mode, et durer un ou deux ans.
    • Il reste à voir si les marques et les détaillants qui font ouvertement la promotion des articles 100% coton bio réussiront à maintenir leurs ventes et leur engagement après un ou deux ans. La mode et les goûts sont éphémères; le caractère “biologique” est en revanche durable.
    • Le mélange des fibres est une solution qui offre aux nouvelles marques et aux nouveaux détaillants un accès simplifié et peu coûteux au secteur du coton biologique. Elle contribue à faire accepter les politiques de responsabilité sociale des entreprises par les ONG, et peut aussi être une publicité gratuite pour l’entreprise. Vu sous l’angle du secteur du coton bio, le risque existe que les marques et les détaillants choisissent de mélanger un petit pourcentage de coton bio plutôt que de s’engager réellement pour le 100% bio.
    Infrastructures
    • Les marques et les détaillants élaborent des politiques de responsabilité sociale sur le long terme. L’utilisation de coton biologique peut être un élément de cette stratégie, mais pas nécessairement. Les marques et les détaillants pourraient fort bien opter pour d’autres politiques d’achat.
    • L’utilisation de coton biologique est une publicité gratuite pour les marques, les détaillants et les ONG qui y sont associés. Les considérations à plus long terme (créer un marché solide, aider les producteurs qui travaillent en agriculture biologique, etc.) sont parfois ignorées au profit du lien symbiotique créé entre les entreprises, l’environnement et les ONG de développement.
    • La publicité faite autour de l’engagement des marques et des détaillants en faveur du coton bio est souvent prématurée, intervenant dès l’annonce faite au lieu d’attendre la mise en vente des articles.
    • Récemment encore, les marques et les détaillants n’avaient affaire qu’aux fabricants de vêtements dans la chaîne d’approvisionnement en textiles de coton. Nombre d’entre eux commencent à présent à s’intéresser à la provenance de la marchandise qu’ils achètent. Il est toutefois peu probable qu’ils aillent jusqu’à s’engager, à court ou moyen terme, à soutenir des projets concrets de production de coton bio.
    • Avec l’augmentation de la demande de fibre de coton biologique, les négociants en coton et les égreneurs vont de plus en plus vouloir se doter de leurs propres infrastructures de production et de négoce de coton biologique.
    • L’agriculture biologique sera de plus en plus confrontée au risque de contamination par des organismes génétiquement modifiés, étant donné que les cultures génétiquement modifiées progressent actuellement même sur les marchés de consommation réticents (tels l’Europe) et dans les pays producteurs (tels l’Afrique de l’ouest).

    Conclusions

    La responsabilité sociale des entreprises influence de plus en plus les politiques des marques et des détaillants dans l’industrie des textiles et des vêtements. À mesure que les entreprises prennent conscience de l’impact de la production de coton conventionnel sur les agriculteurs et leurs communautés, elles se tournent vers d’autres cotons afin de servir les consommateurs et d’améliorer leur image auprès du public.

    La production de coton biologique offre une solution à ce problème puisqu’elle n’emploie pas de produits chimiques dangereux, ce qui a un effet bénéfique sur les agriculteurs, les ouvriers, les animaux domestiques et l’environnement. Le premier coton biologique certifié a été produit en Turquie et aux États-Unis au début des années 90. En 2006, 22 pays à travers le monde en produisaient.

    Production de coton biologique

    La production et les échanges commerciaux mondiaux de coton biologique ont été estimés à environ 23 000 tonnes de fibre en 2006, contre 6 000–6 500 en 2001, et 10 000 tonnes en 2004. Le taux de croissance annuel de la production a donc été de 70% entre 2001 et 2006, atteignant 120% par an depuis 2004. En dépit de cette progression impressionnante, les échanges commerciaux de fibre de coton biologique représentent seulement 0,09% des 24,8 millions de tonnes de fibre de coton commercialisées à travers le monde.

    La production de coton biologique se concentre en Turquie (10 000 tonnes de fibre, 43% du total mondial) et en Inde (6 500 tonnes, 28%), pays où la croissance a récemment aussi été la plus spectaculaire. À eux deux, ces pays ont produit plus de 70% de l’offre de coton biologique mondiale en 2006. Parmi les autres producteurs à prendre en considération en termes de volume figurent la Chine (1 750 tonnes, 8%), les États-Unis (1 500 tonnes, 7%), les pays d’Afrique (1 800 tonnes, 8%) et le Pérou (750 tonnes, 3%). Parmi les pays qui se sont lancés ou relancés dans la production de coton bio figurent l’Afrique du Sud, l’Australie, le Burkina Faso, le Kenya, le Kirghizistan, le Nicaragua, le Pakistan et la Zambie.

    Plus de la moitié de la production mondiale de fibre de coton biologique est entre les mains de seulement deux entreprises : Mavideniz en Turquie, avec environ 8 000 tonnes de fibre en 2006 (35% du total mondial) et Eco-Farms en Inde, avec 4 000 tonnes de fibre en 2006 et, selon les estimations, 6 000–7 000 tonnes de fibre en 2007. Cette forte concentration de la production dans deux projets uniquement atteste de la fragilité du marché et de la vulnérabilité de l’offre. L’avenir du marché mondial du coton bio à court et moyen terme pourraient bien dépendre des résultats obtenus dans le cadre de ces projets en termes de qualité, de prix, de fiabilité de l’offre, de contrôle et de certification, et de transparence

    La production de coton biologique doit augmenter pour répondre aux exigences des marques et des détaillants de l’industrie des textiles et des vêtements. Il y a quelques années, lorsque le marché du coton bio était à la traîne par rapport au marché des autres cultures biologiques, accroître la production était possible sans trop de difficultés. Le coton pouvait assez facilement être ajouté aux cultures en assolement.

    Dans un avenir proche, le coton pourrait bien devenir le moteur du changement agricole, inciter les producteurs à passer à l’agriculture biologique du fait de l’existence d’un marché pour le coton bio. Pour cela, il faudra que l’augmentation de la demande se maintienne.

    En Turquie, la production de coton biologique devrait selon toute vraisemblance augmenter encore, grâce notamment aux subventions nationales accordées pour l’agriculture biologique. En Inde, la production devrait connaître une augmentation rapide au cours des prochaines années, en particulier là où et quand les produits pourront être vendus en tant qu’issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable. La production pourrait aussi augmenter en Afrique mais les infrastructures pour des projets à grande échelle ne sont pas encore en place. Il est difficile d’obtenir des informations sur le potentiel de la production chinoise, mais là aussi elle devrait augmenter. Quant à la production américaine, elle risque vraisemblablement de rester à la traîne par rapport à la demande américaine.

    La conversion à l’agriculture biologique n’est pas chose facile. Elle exige un savoir, du temps, des investissements, et beaucoup de motivation et d’organisation. Les marchés ne peuvent inciter à la conversion que dans la mesure où la demande progresse. Les agriculteurs et leurs organisations ont besoin de soutien pour renforcer leurs capacités et passer au bio, notamment pendant la phase de conversion où des risques liés à la production existent.

    Transformation du coton biologique
    Les infrastructures pour la transformation de la fibre de coton biologique se sont considérablement améliorées ces dernières années, notamment grâce aux programmes de mélange des grandes marques et des grands détaillants qui ont permis de sensibiliser les filateurs et les usines textiles. Aujourd’hui, il est possible de produire pour ainsi dire n’importe quelle qualité de fils et de tissus à partir de coton biologique.

    La transformation de fils mélangés (5% bio environ) n’a guère été récompensée à ce jour par les marques et les détaillants, et présente donc moins d’intérêt pour les filateurs et les usines textiles que les articles 100% bio. Les mélanges aident toutefois les usines à se familiariser avec le coton bio et à accéder aux sources de la fibre de coton bio.

    La demande de fibre de coton bio est actuellement supérieure à l’offre et la situation ne devrait pas changer dans un avenir proche. Les professionnels de la transformation ont donc la possibilité de relever le niveau du prix du fil, des tissus et des vêtements, et d’accroître leurs marges bénéficiaires sur les articles bio.

    La demande à la consommation de textiles et de vêtements en coton biologique va augmenter dans la mesure où que ces articles sont à présent disponibles à la vente sur les circuits de commercialisation conventionnels dans des qualités et des modèles classiques. Les considérations sanitaires et environnementales vont être progressivement prises en compte dans les politiques de responsabilité sociale des entreprises du secteur.

    Vente au détail d’articles en coton biologique

    La demande de fibre de coton biologique est actuellement supérieure à l’offre et cette situation ne devrait pas changer dans un avenir proche. La commercialisation de “coton biologique” a connu un tel succès ces dernières années que les nouveaux venus risquent d’être rapidement déçus par le peu de produits disponibles. Ceci pourrait émousser l’intérêt de certaines de ces nouvelles marques et nouveaux détaillants. L’insuffisance de l’offre pourrait aussi entraîner une augmentation du prix des articles en coton bio.

    Quelque 50%–60% de la fibre mondiale de coton bio sont absorbés par 25 grandes marques et grands détaillants, le reste alimentant les ventes des détaillants de plus petite envergure spécialisés dans les textiles et les vêtements en coton biologique.

    Le concept de responsabilité sociale des entreprises a une incidence considérable sur la demande actuelle de fibre de coton biologique. Nombre de marques et de détaillants se tournent vers la fibre de coton biologique pour être bien vues et se faire de la publicité auprès des ONG de l’environnement et du développement, des investisseurs, des gouvernements et des consommateurs. La communication entre les entreprises et les consommateurs finaux au sujet de leur engagement en faveur du coton biologique reste souvent limitée. Certaines marques et certains détaillants ne souhaitent pas que leurs produits soient associés au bio parce que leurs textiles et vêtements sont vendus en jouant sur d’autres caractéristiques (image, modèle, couleur, coupe, prix, etc.).

    Il n’en demeure pas moins que la demande induite par la notion de responsabilité sociale des entreprises est un tremplin non négligeable vers une demande émanant des consommateurs et qu’elle permet de sensibiliser au produit et d’accroître l’offre. Le développement de la production et des échanges commerciaux de coton bio dépendront à l’avenir de la demande émanant des consommateurs.

    L’objectif des acteurs de la filière du coton biologique devrait être d’accroître les avantages de l’agriculture biologique pour les producteurs, et en particulier pour les petits exploitants. Le coton biologique peut constituer un outil de développement rural.

    Infrastructures du marché du coton biologique

    Le marché actuel du coton biologique a été façonné par une coalition de grandes marques et de grands détaillants, de producteurs de coton biologique, et d’ONG de l’environnement et du développement. Les compromis entre ces trois parties sont considérables.

    Les marques et les détaillants expriment une demande et incitent les transformateurs à utiliser du coton bio. Les producteurs de coton biologique génèrent des produits, en dépit de la complexité de l’agriculture biologique et d’un environnement social parfois hostile. Les ONG de l’environnement et du développement avalisent alors les politiques en responsabilité sociale des entreprises, ce qui est précieux pour elles. Elles font une publicité gratuite, et elles financent aussi souvent les opérations et les dépenses du producteur, lesquels ne sont donc pas intégrés au prix de la fibre de coton biologique.

    Les consommateurs sont attirés par les articles en coton biologique grâce aux règles et règlements relatifs à l’agriculture biologique, lesquels effacent la méfiance et donnent confiance en les allégations de “bio”.

    Les producteurs et leurs organisations participent au réseau Organic Exchange depuis 2005 par le biais de réunions d’agriculteurs auxquelles ils sont souvent représentés par des tierces parties telles des acheteurs, des consultants, des ONG ou des donateurs.

    Débouchés pour les égreneurs et les exportateurs

    La demande de fibre de coton bio est en augmentation. De nouveaux débouchés apparaissent pour les exportateurs de coton qui sont bien souvent de grandes entreprises qui estimaient jusque là que le coton biologique était un produit à trop petite échelle pour être attrayant.

    La recherche sur le coton n’a, à ce jour, pas porté sur le coton biologique. Cette situation pourrait changer avec le raffermissement de la demande de coton biologique, et sur la pression des professionnels du coton biologique.

    Les égreneurs et les exportateurs se trouvent dans une position idéale pour favoriser la conversion à l’agriculture biologique, et nombre d’entre eux emploient leurs propres formateurs et vulgarisateurs.

    Les égreneurs et les exportateurs représentent le dernier maillon de la chaîne entre les producteurs, les filatures et les usines textiles.

    Esquel – Étude de cas sur la manière de satisfaire aux exigences du marché des produits biologique

    Esquel est un fabricant de vêtements chinois intégré verticalement. L’entreprise possède des installations allant de la cotonculture à la fabrication de vêtements et peut donc essayer de nouvelles approches à chaque étape. Conformément à sa culture d’entreprise axée, entre autres, sur la protection de l’environnement, Esquel s’est lancé dans l’expérimentation de la culture de coton biologique autour de 2000. Peu de temps après, il a commencé à voir comment ses clients réagissaient à ce type de produit.

    Dans chacun des cas, Esquel a pris conscience qu’il lui fallait éduquer le client, et souvent même son propre personnel, avant de trouver ce qui pourrait marcher. L’entreprise ne cesse certes d’élaborer de nouveaux produits à base de coton biologique, mais elle a d’ores et déjà identifié plusieurs contraintes ou orientations générales:

     

    • La bio coût plus cher. Dans des pays tels que la Chine et les États-Unis où le coton est cultivé à grande échelle, il est possible d’obtenir des rendements élevés en agriculture conventionnelle. Lors de la conversion à l’agriculture biologique, les rendements chutent considérablement, d’où une fibre plus coûteuse. Que l’entreprise cultive elle-même le coton ou qu’elle s’approvisionne à l’extérieur, le coton biologique gonfle le prix du produit fini. Le défi pour Esquel a consisté à s’assurer que ses clients comprenaient l’écart de prix et étaient prêts à l’assumer.
    • La résistance et d’autres caractéristiques de la fibre pourraient en pâtir. Le coton étant un produit naturel, sa récolte varie d’une campagne à l’autre et d’un endroit à l’autre. Cependant, en règle générale, le coton biologique présente une résistance et des caractéristiques inférieures à celles de son homologue conventionnel. Si la qualité de la récolte est peut-être le fait de l’inexpérience d’Esquel dans le domaine de l’agriculture biologique, il n’en demeure pas moins qu’Esquel devait être informé de ces propriétés physiques amoindries. Cela a eu une incidence sur les produits qu’a pu élaborer l’entreprise.
    • Seul du coton à fibre courte ou moyenne est largement disponible. La grande majorité du coton biologique est la variété upland. Esquel se concentre néanmoins sur les chemises à titrage élevé qui exigent du coton ELS. Faute de trouver suffisamment d’ELS sur le marché, Esquel devait trouver de nouveaux moyens pour mélanger du coton biologique au coton conventionnel ou limiter son offre à des fils de titrage inférieur.


    Cela étant, Esquel a décidé de limiter son offre à des produits en fibres mélangées (5% de fibre bio) lorsque la quantité de fibre biologique n’a pas une grande incidence sur le prix ou les caractéristiques physiques du fil. Pour les clients qui souhaitaient des produits 100% coton bio, Esquel s’est assuré que le client était disposé à payer le produit plus cher et n’a proposé que des titrages inférieurs.

    Cette gamme de produits mixtes a permis à l’entreprise d’élargir sa gamme de produits sans devoir radicalement modifier ses procédés de fabrication ou ses chaînes d’approvisionnement. Mais ces offres ne correspondaient pas toujours exactement aux attentes du client.

    Dans la plupart des cas Esquel a réussi à expliquer ces limitations au client. Il a ensuite travaillé avec lui pour trouver une bonne solution de compromis. Dans certains cas, les clients ont dû revoir à la baisse ou modifier leurs exigences pour pouvoir utiliser du coton biologique, et ce en partie du fait de la nature du coton. La plupart des clients ont cependant pris conscience que s’ils souhaitaient du bio, il leur faudrait faire preuve de plus de souplesse. En tant qu’acheteurs, ils estimaient devoir faire leur part du travail pour faire changer les pratiques agricoles actuelles.

    Dans le même temps, Esquel poursuit ses recherches et continue d’améliorer ses techniques de filature, de tissage, de tricot et de finissage pour améliorer ses résultats et sa valeur. L’objectif est de fournir des produits à un prix raisonnable, fabriqués à partir de coton biologique de grande qualité à fibre longue et extra longue, ce qui exigera de la patience et des efforts. Le principal obstacle à la réalisation de cet objectif est l’obtention de rendements et d’une qualité satisfaisants.

    In fine, Esquel a le sentiment que les clients soutiennent à 100% le mouvement en faveur du coton biologique et sont disposés à appuyer le renforcement et l’expansion de la cotonculture bio. Cependant, les agriculteurs et autres vendeurs de la chaîne de valeur doivent remplir leur part du contrat et informer les clients des avantages et des limitations de leurs produits. Lorsqu’un dialogue franc est instauré, Esquel a constaté que les clients étaient tout disposés à accepter des compromis, et cela contribuera à garantir une augmentation en douceur de l’offre de coton biologique. Dans le même temps, les clients s’attendront à une amélioration de la qualité du coton bio, un objectif que les producteurs devraient s’efforcer d’atteindre.

    35 Les normes Global Organic Textile Standards (GOTS) semblent offrir un bon moyen d’atteindre cet objectif. Elles ont néanmoins été critiquées par quelques intervenants importants comme M&S qui estime qu’elles ne sont pas suffisamment adaptées à la demande de ses clients, à sa taille et à ses pratiques.